Les premières fois de… Laëtitia Saïbou
Gardienne du promu de La Roche-sur-Yon Vendée Handball, Laëtitia Saïbou a réalisé quelques jolies performances depuis le début de saison avec ce nouveau club où elle se sent bien. Un environnement qui correspond à la Guyanaise qui a pas mal bourlingué.
Laëtitia, quelle a été votre première fois au handball ?
Moi j’ai découvert le handball au collège, lors des cours d’EPS, tout simplement. Et c’est une discipline qui m’a tout de suite plu. Donc je me suis inscrite en club, dans mon quartier, très vite après. C’est comme ça que tout a commencé pour moi. Le handball est plutôt assez développé en Guyane, même si le plus haut niveau ne l’est pas tant que ça pour des raisons géographiques.
Comment s’est passée la première fois dans les cages ?
Ça n’a pas été tout de suite. Dans ma catégorie, à la base, j’étais pivot et un jour à l’entraînement, il n’y avait personne dans les cages. Donc j’y suis allée et mon entraîneur a trouvé que je n’étais pas si mal que ça, donc je suis restée. Et par la suite, comme j’ai été repérée à ce poste-là, j’ai poursuivi.
Ça n’a pas été un coup de foudre direct. Il y avait quelques éléments que j’aimais bien, mais il a fallu que j’apprenne à aimer le poste quand même (sourires), car c’est vraiment un poste particulier.
Quelle a été la première fois où vous avez quitté la Guyane pour le handball ?
Je suis d’abord partie en Guadeloupe, au pôle espoirs. C’était suite aux inter-comités que j’avais joués avec l’équipe de Guyane. Le CTS m’avait proposé d’intégrer le pôle et j’y suis donc allée ! Il fallait faire le choix entre la Guadeloupe et la Martinique. Ça a été une étape importante car comme j’avais commencé le handball pour être avec mes ami(e)s du quartier, je ne m’attendais pas à tout ça. Mais c’est vrai qu’après, j’étais très curieuse de savoir jusqu’où je pouvais aller et curieuse du monde professionnel. J’étais excitée de partir et de tout découvrir.
Ensuite, après vos 3 années de pôle, vous avez effectué un autre grand saut, vers la Métropole…
À la fin du pôle, j’ai eu la chance d’avoir des propositions en centres de formation. Donc je ne sais pas pourquoi, j’ai choisi celui de Nice. C’était un voyage encore un peu plus loin (sourires).
Les premiers contacts avec ce centre de formation, ça vous a donné envie de devenir pro ?
Oui, clairement. C’était une chance pour moi d’être là. Quand j’ai commencé le handball, je ne savais même pas que l’on pouvait en faire un métier. J’ai été vraiment contente d’être là, de côtoyer des joueuses pros. Il y avait de grandes joueuses au club. On avait un emploi du temps bien cadré entre les cours et les entraînements. À cette époque, je me dis que, peut-être, je pourrais vivre de ma passion.
Arrivent alors les premiers matchs avec ces pros…
J’ai eu quelques temps de jeu avec Nice sur des remplacements, oui, même si j’ai ensuite beaucoup plus joué avec Saint-Amand Handball – Porte du Hainaut. Ça a été un premier cap. Je crois que la première fois que je rentre, c’est contre Fleury-les-Aubrais. Je m’en souviens bien car j’avais fait quelques feuilles de matchs avant et, sur ce déplacement, Sébastien Gardillou me dit quelque chose comme : « Ça n’est pas parce que tu n’as pas joué avant que ça va rester comme cela. Tu es avec nous, tu dois te préparer à rentrer. » Et au final, je rentre sur un penalty et je l’arrête (sourires).
Ces performances vous permettent d’aller décrocher ensuite votre premier contrat pro. Avec les Louves donc !
C’est la concrétisation de tout ce travail effectué jusque-là. Avoir une « vraie » place au sein d’une équipe première était quelque chose d’important pour moi. C’était de la reconnaissance. Je garde beaucoup de bons moments de ce passage à Saint-Amand Handball – Porte du Hainaut car je suis arrivée en D2F avec l’objectif de monter. Ce que l’on réussi à faire. Ensuite la première saison en Ligue Butagaz Énergie a été plus difficile sportivement mais enrichissante en progrès, leçons. Il y a du temps de jeu, on avance. Et on a réussi à avoir quelques victoires quand même.
Après cela, vous avez continué à bouger… Du côté de Sambre Avesnois Handball puis Octeville…
À Sambre, j’étais seule sur le poste donc j’ai pris beaucoup de temps de jeu, j’ai appris à me faire confiance et j’ai un peu explosée sportivement. Malheureusement, c’est lors de la saison où le covid arrive. Cela a donc écourté cette saison. Et puis je décide ensuite de partir du côté d’Octeville où je vais rester 5 ans. On joue deux saison en D2F puis le club descend en N1.
Et vous voilà de retour en D2F cette saison !
Je suis très contente de ce retour. Même si j’ai adoré rester à Octeville car on a joué la montée chaque saison, mais ça ne s’est pas fait pour des raisons financières et organisationnelles. Mais c’était frustrant. J’ai eu cette possibilité avec La Roche-sur-Yon Vendée Handball avec de belles perspectives sur les saisons à venir.
On imagine que la première victoire officielle de cette équipe en D2F a du être un sacré moment…
On avait vraiment bien travaillé pendant la prépa et donc on a commencé la saison avec une victoire direct en Coupe de France, puis la première en championnat est arrivée lors de la J02. Cela a été assez vite finalement. Il a ensuite fallu enchaîner.
Laëtitia, on a évoqué vos performances en clubs, mais vous avez aussi porté différents maillots « internationaux ». D’abord la première fois avec la Guadeloupe finalement…
Oui c’était lors de l’IHF Trophy, avec les U20. C’était un tournoi où l’on a joué face à des équipes de la Caraïbe. Après on a rencontré des Nations de l’Amérique. On a gagné cette étape aussi. Et ensuite, il y a eu une finalité avec chaque champion de chaque continent et puis on a gagné. Je la retiens parce qu’on a représenté la Guadeloupe. Alors certes je ne suis pas Guadeloupéenne mais c’est là où j’ai fait mon pôle et que tout s’est vraiment déclenché pour moi. Il y a une vraie place dans mon cœur. Et c’était aussi beaucoup d’émotions car tu sais que c’est la dernière compétition avant que le groupe que l’on formait se sépare.
Et depuis, il y a aussi la sélection de Guinée… Un chemin dont la première fois a aussi dû être surprenante, non ?
J’ai eu cette opportunité et j’ai eu l’impression que j’en avais besoin. Cela me permettait de rencontrer d’autres personnes, de jouer avec d’autres filles. Quand je retrouve l’équipe de Guinée pour la première fois en compétition officielle, c’est quand je suis à Octeville, en N1, et c’est l’occasion d’être à un niveau plus élevé, d’être mise en situation face à d’autres nations. Pour moi, une petite Guyanaise, c’est une belle occasion car l’équipe de France, je sais que je ne pourrais pas y parvenir.
Ce sont beaucoup de bons souvenirs aussi avec cette sélection. La première compétition, c’est la CAN 2022, au Sénégal, où on n’arrive pas à se qualifier pour la suite de la compétition. Il y a eu un peu de trac, c’était la première fois. On n’a pas réussi à aller très loin mais j’étais vraiment heureuse de participer car quelques semaines avant j’avais perdu mon père. Ça a été une forme de thérapie, de se dire que la vie continue.