Amandine Balzinc : « Les réussites de Metz et Dijon mettent en lumière l’ensemble des clubs de LFH »

Après avoir évolué de nombreuses années sur les terrains de la LFH, la gardienne française Amandine BALZINC a fait le choix de quitter sa terre natale pour se construire une expérience à l’étranger. D’abord en Roumanie, de 2023 à 2025, puis en Espagne, sous les couleurs du Club Balomano Atlético Guardes, avec qui elle vient tout juste de remporter l’EHF European Cup.

Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai connu beaucoup de clubs donc on va faire les choses dans le bonne ordre ! J’ai grandi en région parisienne et j’ai débuté le handball à Eaubonne dans le 95 au poste de gardienne. Je suis ensuite rentrée au sport études de Châtenay-Malabry et en parallèle, je jouais au club de Cergy-Pontoise. C’est là-bas que j’ai vécu mes premières expériences avec des joueuses étrangères, notamment une gardienne australienne, Cathy KENT, qui a depuis mis un terme à sa carrière mais qui travaille aujourd’hui au Montpellier Handball. Toujours à Cergy, j’ai également croisé la route d’Ileana BISTRICEANU, une gardienne roumaine.

Du haut de mes 17 ans, je me rappelle qu’elle m’avait dit : si un jour tu as l’occasion d’aller jouer au handball en Roumanie, tu verras, c’est vraiment un autre monde. Le handball féminin, là-bas, c’est le premier sport un peu comme le foot ici pour nous. Donc j’ai grandi avec cette idée en tête et après de nombreuses aventures en LFH (en plus de Cergy-Pontoise, Amandine BALZINC a également évolué au Havre, à Lomme Lille, à Nice, à Mérignac et plus récemment à Toulon) et après être arrivée à un palier où je connaissais très bien le championnat français, j’ai signé mon premier contrat en Roumanie.

J’y ai passé deux saisons, d’abord à Mioveni puis à Targu Jiu, et je devais enchaîner sur une troisième année à Iasi mais le club a rencontré des difficultés financières et il a fallu que je me tourne vers un autre projet. Et j’ai ainsi rebondi en Espagne du côté de Guardes, alors qualifié en EHF European Cup.

Quels souvenirs gardes-tu de tes années en LFH ?

Que des bons souvenirs, en particulier mes années à Mérignac, j’envoie d’ailleurs un grand sourire à toutes mes anciennes coéquipières. J’y ai remporté deux titres de champion de France de D2F. Mes années en LFH m’ont permis de confirmer que j’avais la capacité d’aller évoluer à l’étranger. C’est vraiment un gage de niveau, qui va perdurer j’espère !

Quelles sont les caractéristiques du championnat féminin espagnol ?

Je dirais qu’en France, on est très axé sur la défense. On a de très belles défenses, on a de très belles gardiennes derrière. En Espagne, on a un jeu un peu plus fluide, un peu plus organique. La défense est peut-être un peu moins organisée, mais du coup, on a des attaques beaucoup plus fortes sur les individualités. C’est un jeu organique, plein de folie et de sourire, comme peuvent être les Espagnols. C’est très intéressant pour moi d’avoir fait « le grand écart » après le jeu roumain et le jeu français, beaucoup plus organisé et axé sur la défense.

Quelle valeur porte votre succès en EHF European Cup ?

Je savais que le club allait participer à la Coupe d’Europe, mais on n’avait aucune stabilité, aucune visibilité sur les ambitions réelles de l’équipe. Et donc, au fur et à mesure des matchs, on a enchaîné les victoires, jusqu’à ne concéder aucune défaite dans la compétition. Mais tout n’a pas été aussi facile, on avait un groupe restreint, on est d’ailleurs parties plusieurs fois à des matchs avec un groupe de dix joueuses, dont trois pivots et deux gardiennes. Malgré ça, on a réussi à gagner. Pour une ville comme Guardes, un petit port de pêche avec moins de 10 000 habitants, c’est d’autant plus significatif car c’est le premier titre européen d’un club de la région de Galice.

Toi qui a évolué de nombreuses années en LFH, les succès de Dijon en European League et Metz en Champions te surprennent-ils ?

Je trouve que la progression du championnat de France est linéaire. On a une grande qualité de formation. Aujourd’hui, quand je vois, par exemple, l’effectif de Dijon, ce sont des filles qui, très jeunes, dès leurs premières expériences en D1, on pouvait déjà remarquer leur fort potentiel. C’était juste un effectif qui avait besoin de prendre en maturité et en confiance. Pour Metz, j’ai envie de dire qu’on s’y attendait, on l’espérait pour elle et pour nous aussi. Dijon probablement moins, mais pour moi qui ai joué contre certaines d’entre elles, c’est quelque chose auquel je m’attendais quand même. Pour moi, Dijon, c’est un peu l’école de formation à la française, et je pense que ce titre, c’est un peu le résultat de leur travail et de l’ancrage qu’ils ont pu mettre en place au fur et à mesure des années.

D’ailleurs dans l’effectif messin, j’ai pu vivre un stage avec l’équipe nationale du Congo par le biais du nom de famille de ma mère, durant lequel j’ai croisé la route de Betchaïdelle NGOMBELE. C’est une joueuse très forte dans le secteur défensif et en attaque également. Je suis évidemment ravie pour elle et je lui adresse toutes mes félicitations !

La plupart de tes anciennes et futures coéquipières sont de nationalité espagnole. Quel regard portent-elles sur les championnats de France ?

En étant à l’étranger, plusieurs de mes coéquipières m’ont dit : « Dis donc, le handball français, on savait que vous étiez bon, mais là, réussir à faire le doublé Champions League/European League, c’est très beau ! ». Les réussites de Metz et Dijon mettent en lumière l’ensemble du championnat auprès du public étranger. Tout le monde apprécie le championnat de France en Espagne ou en Roumanie. C’est même ce qui, par exemple, m’a permis de partir sans être internationale française.

C’est parce qu’on sait que si je suis gardienne titulaire en première division, j’ai la capacité d’être une bonne gardienne dans n’importe quel championnat. C’est un gage de garantie, et dans le sens inverser, pour une joueuse espagnole, c’est un gage de bon niveau de jeu et de professionnalisme intéressant pour une carrière.

La saison prochaine, tu évolueras au Super Amara Bera Bera, récent champion d’Espagne et deuxième club le plus titré du pays, qui avait été éliminé par Dijon au stade du 3e tour de qualification de l’European League. Quelles sont les ambitions sur les scènes nationale et internationale ?

Je sors effectivement d’une saison durant laquelle j’ai pu de nouveau goûter à la petite coupe d’Europe (EHF European Cup), après l’avoir remporté en avec le Havre. en 2012-2013. Aujourd’hui, mon challenge est de jouer l’European League, et c’est une joie de pouvoir être avec une équipe compétitive, que ce soit sur le plan national et le plan continental. Je sais aussi que j’ai des anciennes coéquipières qui ont aussi réussi à se qualifier avec leur club respectif. Je pense à Saint-Amand et à Mélanie JOBARD. Donc je lui souhaite de retrouver au plus vite les terrains, et qui sait, peut-être qu’on se croisera ! Bera Bera sort d’une grande saison avec notamment une victoire en Copa de la Reina. Avec Guardes, on a réussi à se hisser jusqu’en finale, alors que les gens s’attendaient plus à voir Malaga ou Elche. Le championnat a lui aussi été très homogène et disputé.

À l’image de Lyndie TCHAPTCHET qui rejoindra Metz la saison prochaine en provenance de Bera Bera, le championnat espagnol est lui aussi un vivier de talents pour les grands clubs européens...

La France a l’habitude de venir récupérer les pépites espagnoles pour leur permettre de passer à un palier sportif que le championnat espagnol ne leur permet pas de franchir. Je suis ravie pour Lyndie car c’est vraiment une pivot de grande qualité. Je suis certaine qu’elle pourra se trouver une place dans l’effectif messin aux côtés de Lilou PINTAT. C’est une joueuse d’envergure et Metz va lui permettre de franchir un vrai cap, en jouant la Ligue des Champions, et qui sait, peut-être la gagner de nouveau.